Cultivons l’esprit coopératif.
Retour sur la 2e édition de Let’s Coop
Après une première édition riche en rencontres et en échanges, Let’s Coop est revenu le 9 juin dernier à l’Espace Momentum pour poursuivre sa mission : rassembler les acteurs engagés et ouvrir des espaces de dialogue autour d’un sujet plus que jamais d’actualité : « Associations et coopératives : gardiennes démocratiques ».
Re vivez avec nous ces dynamiques collectives
Découvrez en images les temps forts de cette journée
Conférence introductive : De l’interne à l’externe : faire de nos organisations des bastions démocratiques.
Timothée Duverger (Chaire TerrESS, Sciences Po Bordeaux)
Animée par Julie Bénégui (Enercoop Nationale)
Captures graphiques proposées par Fanny Monod-Mitrev (Percolab Europe)
Atelier n°1 : Comment lever la main…et le poing dans les coopératives et associations ?
Un atelier proposé par Julie Bénégui (Enercoop Nationale) & Mathilde Duran (La Maison du Vélo)
Atelier n°2 : L’activisme : une stratégie payante pour les coopératives et associations ?
Un atelier proposé par Souha Itani (Université de Toulouse) & Aurélien Vialette (.Repliq)
Cet atelier a permis de distinguer l'activisme qui consiste à prendre position sur des sujets politiques controversés et polarisants, contrairement à la RSE qui vise un accord général.
Les participant⋅es ont analysé les motivations de marques comme Ben & Jerry’s ou Patagonia, qui agissent soit par adhésion à leur ADN, soit sous la pression des employé⋅es et des consommateur⋅rices de la Génération Z, tout en évaluant les risques de boycott en cas de manque d'authenticité ou d'incohérence entre le discours et les actes.
La discussion a mis en lumière les défis spécifiques aux coopératives françaises, souvent moins visibles que les géants anglo-saxons en raison de budgets de communication plus faibles, et a interrogé la légitimité des structures coopératives à adopter un activisme de marque ou à privilégier un plaidoyer politique interne.
Les échanges ont également souligné que l'engagement peut être un levier de fidélisation des salarié⋅es et des adhérent⋅es, réduisant la dissonance cognitive, tout en posant la question de l'opportunité de prendre parti face au risque de perdre une partie du marché, et ont proposé d'adapter les outils de communication des grandes marques pour valoriser la fierté coopérative sans se faire « damer le pion » par des acteurs moins vertueux.
Atelier n°3 : Responsabilité sociétale et démocratie : mariage ou divorce ?
Un atelier proposé par Thierry Faba (Grand Procès de la RSE)
Dans le cadre du Grand Procès de la RSE, Let’s Coop s’est associé avec Thierry Faba de Planet’RSE pour un atelier prélude complémentaire. L’atelier reprend la séquence d’instruction du Grand Procès en décortiquant tout d’abord ce qu’évoque la démocratie aux participants.
Il est rappelé que ce sont les opposants à la démocratie directe, à la souveraineté du peuple, qui ont mis en place, au XVIIIe siècle, le système électif, élitaire, afin de conserver la parole et le pouvoir dans un groupe de personnes restreint. Au cours de l'histoire, c'est ce système antidémocratique qui a été considéré et finalement désigné comme démocratique.
Le groupe est ensuite consulté sur sa connaissance de la RSE avec des retours d’expériences divers, puis une mise en corrélation entre les principes RSE et démocratiques abordés, notamment sous la forme d’une boîte à outils RSE.
En conclusion de la séance, on constate que la RSE peut faciliter la démocratie au travail avec des espaces de dialogue et de participation, mais son déploiement reste souvent limité par des logiques de contrôle, de rentabilité à court terme et les réticences des directions à partager le pouvoir.
Atelier n°4 : La gouvernance démocratique avancée en entreprise.
Un atelier proposé par Laure Jandar (Enercoop Midi-Pyrénées) & Stéphane Pinon (Citiz Occitanie)
Cet atelier a permis de découvrir les concepts clés de la sociocratie et de l'holacratie, en insistant sur le fait que la raison d'être doit être partagée tant par les salarié⋅es que par la direction.
Les participant⋅es ont exploré des mécanismes concrets tels que les élections sans candidat, qui visent à mettre les égos de côté pour pourvoir les rôles selon la compétence plutôt que la volonté personnelle, ou encore l'usage de pads pour rendre ces processus opérationnels.
Les différentes réunions structurantes ont été détaillées :
- Les réunions stratégiques (« rêve du dragon ») pour définir le cadre
- Les réunions de gouvernance pour les décisions collectives comme la rémunération
- Les réunions de triage pour résoudre les blocages opérationnels grâce à l'intelligence collective
- Et les réunions de bilan et de célébration pour analyser ce qui a fonctionné ou non.
L’atelier a aussi souligné l'importance d'inclure toutes les parties prenantes du projet via des groupes de travail flexibles et de mettre en place un système de formation obligatoire, notamment pour des rôles spécifiques comme le maître.esse du temps, secrétaire, animateur⋅rice.
Cet atelier a d’ailleurs mis en pratique un certain nombre de ces notions puisque les participant⋅es ont dû s'organiser collectivement pour le mener à bien !
Atelier n°6 : ESUS : un agrément économique ou un projet démocratique ?
Un atelier proposé par Elian Latour (Ecozimut / Mouvess)
Cet atelier avait pour point de départ une question simple : qu'est-ce que l'ESUS, et quel rapport entretient-il avec le pouvoir démocratique ? En opposition avec son rapport économique.
Pour obtenir ce label, une structure doit notamment justifier d'un taux de marge maîtrisé et démontrer le coût réel de son utilité sociale. L’agrément permet d’accéder à certains financements, d’une bonification lors de certains appels d’offre et constitue une reconnaissance de l’impact par l’état.
Après un rappel sur les critères et l’origine de l’ESUS, le groupe s’est divisé en trois pour aborder 3 formes de démocratie où l’ESUS joue un rôle : démocratie du pouvoir, démocratie de la finalité et démocratie de la valeur. En essayant d’identifier les tensions, solutions et alertes liée à l’ESUS au sein de ces principes.
Le débat a pu être porté sur l’idée de renforcer les contraintes de l’ESUS (qui pourrait dans sa forme actuelle être détourné) tout en re questionnant les contreparties pour qu’il puisse véritablement être attractif pour les structures de l’ESS qui souhaiteraient entamer les démarches.
Atelier n°7 : De l’urgence de mettre les coopératives à l’agenda des présidentielles de 2027.
Un atelier proposé par Johann Vacandare (Co-fondateur de Virgocoop)
Dans un contexte politique où les coopératives sont délaissées des programmes pour 2027, comment travailler les différents discours et les éléments de langage en fonction de son interlocuteur pour faire avancer le mouvement ?
Les coopératives sont une branche de l’ESS méconnues du grand public qui n’est pas une solution de repli mais un levier de renouveau pour les entreprises qui adoptent le modèle, un projet d’avenir et non un modèle du passé.
Les participants ont travaillé en sous-groupes pour définir des stratégies de communication adaptées à trois tonalités distinctes : un discours « scientifique » s'adressant aux administrations et aux politiques en mettant en avant les chiffres (création d'emplois locaux, réduction du turnover, parité), un discours « populiste » jouant sur le pathos, la proximité et la souveraineté locale pour contrer la finance externalisée, et un discours « militant » prônant une transformation radicale du pouvoir et de l'économie sans actionnaires.
L'exercice a permis d'identifier des leviers concrets pour la campagne Alt au Capitalisme initiée par les Licoornes visant à réunir 100 000 €, incluant la publication d'un livre blanc et l'organisation d'événements politiques, tout en débattant des risques de récupération politique et de la manière de communiquer sur la notion de superprofits et d'alternatives positives.
Table ronde : Démocratie économique : des principes aux leviers concrets de transformation.
Marie Gaborit (Présidente de Manae, co-fondatrice de Toovalu)
Julien Pharo (Économiste, professeur agrégé d’économie, enseignant à Toulouse)
Mathieu Castaings (Fondateur de Finacoop, co-président du Mouvess)
Simon Ducoffe (Délégué régional de la Nef) Animée par Mélissa Kieny (Enercoop Midi-Pyrénées)
17h45 - 18h00 Clôture par Fanny Monod-Mitrev (Percolab Europe)
Retour sur notre soirée
(Re)découvrez les synthèses et les temps forts de notre 1re édition.
2025 a marqué l’Année internationale des coopératives initiée par l’ONU, une occasion unique qui nous a permis de mettre en lumière les personnes qui construisent, chaque jour, un avenir plus juste et durable.
Let’s Coop, ce fut une première en Occitanie, un événement original qui a rassemblé celles et ceux qui font vivre le mouvement coopératif.
L’aftermovie de l’événement est à retrouver juste ici, pour revivre en images l’énergie de cette première édition.
Conférence introductive : Le modèle coopératif comme réponse aux dérives du capitalisme
À la suite de la conférence de Jacques Prades, économiste spécialiste de l’économie sociale et solidaire, Fanny Monod-Mitrev, facilitatrice graphique chez Percolab, a réalisé une fresque récapitulative. Elle synthétise les grands points de son intervention, ainsi que les échanges avec le public. Une manière visuelle et accessible de garder une trace de ce moment riche en réflexions.
Atelier n°1 : Salarié·es et bénévoles dans les SCIC : construire ensemble ?
Le bénévolat reste un moteur essentiel de nombreuses coopératives, mais son visage change. Moins disponible, parfois moins impliqué dans le pilotage, le bénévole d’aujourd’hui cherche souvent des formes d’engagement plus ponctuelles, plus concrètes.
Dans les récits de Citoy’EnR, EMIP ou La Chouette Coop, on perçoit des chemins variés : ici, une association de préfiguration qui a permis un essor économique ; là, une gouvernance repensée après des tensions ; ailleurs, une difficulté à recruter sur des missions techniques.
La cohabitation entre salarié·es et bénévoles demande des ajustements constants, sur le plan juridique, organisationnel et humain. Ce n’est pas un modèle figé, mais une construction en mouvement. L’enjeu : maintenir des espaces de participation réelle, sans opposer engagement bénévole et professionnalisation croissante des coopératives.
Atelier n°2 : La gouvernance dans les coopératives
La gouvernance, ce n’est pas une case à cocher ou une réunion de plus. C’est le cœur politique du projet coopératif. Dans cet atelier, les échanges ont montré à quel point les formes que prennent nos décisions, nos rémunérations, nos achats… reflètent ou trahissent ce que nous voulons faire advenir.
Choisir ses fournisseurs en SCOP ou dans le domaine de l’ESS, limiter les écarts de salaire, faire entrer les salarié·es et les parties prenantes dans les décisions : voilà des actes profondément politiques. Mais ils ne vont pas de soi. Ils demandent une culture commune, du temps, des outils, et surtout la volonté de partager le pouvoir. Car même en coopérative, la tentation de la verticalité existe. Pourtant, c’est dans la mise en tension entre efficacité et démocratie que naissent des organisations vivantes, créatives, justes. Oser une gouvernance partagée, ce n’est pas ralentir : c’est construire une puissance collective durable.
Atelier n°3 : Coopérer pour mieux régner ?
Cet atelier a posé une question essentielle : la coopération peut-elle être un levier de transformation systémique, et si oui, comment la faire advenir dans un monde contraint par des logiques concurrentielles et bureaucratiques ?
Les témoignages, de la Ville de Blagnac à la Maison du Vélo, en passant par les Ateliers de la Liberté (biscuiterie en coopérative), ont révélé que les coopérations les plus puissantes sont souvent les plus ancrées localement. Ce n’est pas en copiant des modèles tout faits, mais en bricolant, en osant faire avec les moyens du bord, que des alliances solides se tissent. L’État et les règles ne facilitent pas ces dynamiques : appels à projets formatés, injonction à la performance, compétition pour les financements. Pourtant, face à ces obstacles, les coopératives résistent, inventent, mutualisent. Elles construisent un marché intérieur coopératif, affirment leur rôle politique, et reprennent place dans l’espace public. Car coopérer, c’est résister. Et mieux régner ensemble, c’est sortir de la logique de domination pour faire exister d’autres rapports au pouvoir et à l’économie.
Atelier n°4 : Quelle pub pour les coopératives ?
Peut-on faire de la publicité sans trahir ses valeurs coopératives ? Faut-il renoncer à la com’ de masse, ou l’utiliser avec discernement pour visibiliser nos modèles ? Cet atelier, mené par deux coopératives de communication, a ouvert un débat salutaire.
Car la pub n’est pas neutre : elle peut servir l’ego, l’ultra-consommation, et enrichir les géants du numérique peu portés sur l’éthique. Mais elle peut aussi transmettre une parole collective, faire connaître des projets qui changent la donne, créer de l’envie et de l’adhésion. Ce qui compte, c’est le sens que l’on met dans les récits, les canaux qu’on choisit, les valeurs qu’on transmet. Plutôt que d’avoir honte de se vendre, les coopératives gagneraient à revendiquer leur fierté, à s’armer de récits justes et puissants, et à travailler ensemble pour sortir de la marginalité. Car si nous ne racontons pas nos histoires, d’autres le feront à notre place et souvent de travers.
Atelier n°5 : Visite de la coopérative d’habitant.es Abricoop
À Abricoop, l’habitat n’est pas qu’un toit, c’est un projet de société. En choisissant la forme coopérative, les habitant·es ont fait le pari d’un logement anti-spéculatif, écologique et solidaire. Depuis 2018, ils et elles expérimentent une autre manière d’habiter, entre espaces privés et lieux partagés (salle commune, chambres d’amis, buanderie, jardin…).
Mais ce qui fait surtout la richesse du projet, c’est l’organisation collective. Réunions plénières, prises de décision au consentement, etc. : la vie quotidienne repose sur l’autogestion et la coopération. Le groupe connaît cet adage de la maturité coopérative «la coopération n’est pas l’art de se mettre d’accord, mais l’art de bien vivre les désaccords. »
Abricoop ne s’arrête pas à ses murs : ses habitant·es portent aujourd’hui un nouveau projet, Fonsica, pour sortir des locaux commerciaux du marché spéculatif. Une manière de prolonger l’engagement au-delà du logement, et de faire de la ville un espace à réinventer, ensemble.
Atelier n°6 : Rencontrons-nous
Grâce à cet atelier au format “speed-dating”, les coopératives du territoire ont pu se rencontrer, échanger et imaginer des collaborations concrètes.
Table ronde : Coopération : nouvelle loi de la jungle
Pour conclure Let’s Coop, cette table ronde a réunit Hélène Cabanes, chercheuse en sciences sociales, Chahin Faïq, secrétaire général des Licoornes et Laurent Chauveau, co-gérant de la scop Ecozimut. À l’heure où même les entreprises classiques se revendiquent d’intérêt général, comment les coopératives peuvent-elles affirmer leur différence et porter un vrai projet de transformation sociale ? C’est sur quoi ils ont pu débattre et interagir avec le public.
Animations festives, engagées et soirée survoltée en musique
Les coopératives du territoire et leurs partenaires ont fait le show devant les Halles. Quiz, jeux et animations variées qui ont permis de re(découvrir) le monde coopératif et les sujets qu'ils englobent.
Et pour toujours plus de festivités, nous avons pu compter sur :
- Le vélo sound system Ataraxia : pédalez pour s'ambiancer
- Les grands échassiers de la Compagnie Être Re
- Friperie solidaire de CartouCirc et des Munitionnettes
- DJ set avec Laba & co
Crédit photo : Titouan de Bonneval
Pour plus d’informations :
09 74 19 26 75